L’Égypte prévoit de lancer une stratégie nationale pour les centres de données d’ici fin 2026, comme l’a annoncé le ministre des Communications et des Technologies de l’information, Raafat Hindi, lors de l’ouverture de la huitième édition du FDC Summit 2026. La stratégie vise à établir un cadre intégré pour développer l’industrie des centres de données et maximiser le rendement économique de la position géographique de l’Égypte et de ses infrastructures numériques.
Hindi a déclaré que le ministère ne cherchait plus à se contenter du transit des données par le territoire égyptien, mais souhaitait héberger et traiter les données dans le pays, attirer de nouveaux investissements dans les centres de données et les services cloud, ainsi que développer des applications et exporter des services numériques vers les marchés régionaux et mondiaux.
Du corridor de données au centre d’hébergement et de traitement
Le plan repose sur le passage par l’Égypte d’environ 20 câbles sous-marins internationaux, qui transportent près de 90 % du trafic Internet entre l’Europe et l’Asie, selon le ministre. Cette position géographique confère à l’Égypte une base importante pour développer des services allant au-delà du simple transit réseau, mais transformer cet avantage en rendement économique nécessite une expansion réelle des capacités d’hébergement et de traitement, et non une simple dépendance à la position géographique.
Selon la présentation faite lors du sommet, les centres de données sont liés à l’exploitation des services numériques, à l’hébergement des données, au soutien des applications d’intelligence artificielle et de calcul avancé, ainsi qu’à la continuité des services essentiels et à la mise à disposition de ressources informatiques pour les organismes publics, les chercheurs et les start-up.
La stratégie s’inscrit dans un programme numérique plus large
Le plan relatif aux centres de données s’inscrit dans une vision plus large visant à bâtir une économie numérique, à renforcer la souveraineté numérique, à protéger les données et à garantir l’autonomie de décision dans les domaines stratégiques. Le ministère vise à proposer 400 services publics sur la plateforme Egypt Digital d’ici 2030, en intégrant l’identité numérique, la signature électronique et la messagerie numérique afin de repenser l’expérience d’accès aux services publics.
Le ministère œuvre également, à travers 24 centres Egypt Digital Creativity « Creativa » répartis dans 20 gouvernorats, à soutenir les compétences et les start-up, depuis la formation et l’incubation jusqu’au conseil et à la mise en relation des entreprises et des travailleurs indépendants avec les marchés.
Un lien direct avec l’intelligence artificielle
L’annonce a coïncidé avec la présentation de la deuxième phase de la stratégie nationale d’intelligence artificielle pour la période 2025-2030, qui met l’accent sur la gouvernance, la technologie, les données, les infrastructures, l’écosystème et le renforcement des capacités. Cette phase vise à soutenir plus de 250 start-up fondées sur l’intelligence artificielle, à former plus de 30 000 spécialistes et à permettre à 36 % des citoyens d’utiliser des outils soutenus par l’intelligence artificielle d’ici 2030.
Le ministre a également indiqué qu’un grand modèle linguistique national en arabe était développé par des ingénieurs égyptiens au Centre pour l’innovation appliquée, en plus d’autres applications destinées à servir les secteurs de l’État.
Qu’est-ce qui change concrètement ?
Si la stratégie se traduit par des investissements et des capacités opérationnelles, l’Égypte pourrait passer du rôle de corridor majeur pour les télécommunications internationales à celui de centre régional d’hébergement et de traitement des données et de fourniture de services cloud. Toutefois, l’annonce actuelle ne précise pas encore le volume des investissements, les sites des projets, les normes relatives à l’énergie, à la connectivité et à la disponibilité, ni le cadre réglementaire qui régira l’hébergement des données. En outre, l’expansion des centres de données et de l’intelligence artificielle accroît les exigences en matière de cybersécurité, que le ministre a présentée comme un pilier de la protection des infrastructures numériques et de la garantie de la continuité des services.