Amazon, Stella McCartney et Canopy ont annoncé le lancement de The Climate Pledge Fashion Coalition, une initiative transsectorielle dans l’industrie de la mode visant à étendre l’utilisation de matériaux et de technologies ayant un impact environnemental moindre et à réduire le gaspillage dans les chaînes d’approvisionnement. La coalition bénéficie d’un soutien de coordination du World Economic Forum.
La coalition réunit plus de 60 signataires du Climate Pledge, notamment des marques de mode, des innovateurs, des fabricants et des détaillants. Ces acteurs œuvrent pour atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2040, l’objectif annoncé dans l’engagement dont Amazon et Global Optimism ont contribué à la création en 2019.
Pourquoi l’initiative cible-t-elle les matériaux et les chaînes d’approvisionnement ?
Le texte indique que l’industrie de la mode est responsable d’environ 2 % à 8 % des émissions mondiales de carbone, consomme près de 79 000 milliards de litres d’eau et produit plus de 92 millions de tonnes de déchets textiles chaque année. Les entités fondatrices affirment que des solutions telles que les fibres recyclées, les matériaux fabriqués à partir de déchets de production et les technologies de fabrication consommant moins d’eau et de produits chimiques existent déjà, mais qu’elles restent coûteuses, limitées en disponibilité ou fragmentées, ce qui les rend difficiles à concurrencer à grande échelle.
Plutôt que de se concentrer sur le traitement des produits après la fin de leur durée de vie, la coalition cible des étapes plus précoces du cycle de vie des produits, en soutenant le développement et l’adoption des matériaux et des procédés de fabrication lorsqu’il est possible de démontrer leur impact environnemental moindre.
Comment la coalition fonctionnera-t-elle ?
La coalition cherche à mutualiser la demande des entreprises signataires à travers les différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement, et pas seulement au niveau des marques. En collaboration avec le World Economic Forum, elle travaille à la mise au point de mécanismes de financement mixte combinant l’atténuation des risques par des institutions de financement du développement et des capitaux privés. L’idée est que des engagements d’achat à long terme puissent offrir aux innovateurs un volume de demande prévisible, les aidant ainsi à fixer le prix des nouveaux matériaux plus près de celui des produits traditionnels et à accélérer leur passage des projets pilotes à la production commerciale.
La coalition s’appuie également sur la Fashion Coalition Lever Library, un outil développé avec la contribution de plus de 30 marques et fournisseurs. La bibliothèque comprend plus de 100 solutions existantes ou émergentes, des orientations par type de fibre et un guide destiné aux innovateurs dans le domaine des matériaux de nouvelle génération. La coalition bénéficie aussi de l’initiative Next Gen Now, dirigée par Canopy pour mettre les entreprises en relation avec des matériaux et des technologies que l’organisation dit prêts à être adoptés commercialement.
Qu’est-ce qui change concrètement ?
La valeur pratique de l’initiative ne réside pas dans l’annonce d’un matériau précis, mais dans sa tentative de traiter deux obstacles qui limitent la diffusion des alternatives durables : la faiblesse de la demande garantie et la dispersion des informations sur les solutions disponibles. Si la mutualisation de la demande et le financement parviennent à réduire les risques d’investissement, cela pourrait aider les fabricants et les innovateurs à accroître leur production et pourrait également fournir aux autorités réglementaires des éléments pratiques lors de l’élaboration de politiques environnementales fondées sur des technologies dont la capacité de mise à l’échelle a été démontrée.
Parmi les entités mentionnées comme participantes figurent Anna Sui, Another Tomorrow, Bananatex, BioFluff, Brooks Running, Circ, DL1961, Selfridges, unspun et Vestiaire Collective, ainsi que d’autres entités.
Limites et questions ouvertes
L’annonce ne précise pas le montant du financement engagé, ni de calendrier pour le déploiement de chaque technologie, ni d’indicateurs quantitatifs de réduction des émissions et des déchets après la mise en œuvre de l’initiative. De même, l’objectif de faire des matériaux durables une norme industrielle et d’en réduire le coût au fil du temps reste lié à la capacité des entreprises et des fabricants à s’engager sur une demande à long terme et à transformer la diversité des solutions en procédés capables d’être déployés à grande échelle.