Des personnalités éminentes de la Silicon Valley, telles que Marissa Mayer et Sam Altman, font face à des critiques croissantes en raison de leur tendance à automatiser les tâches familiales et sociales à l'aide de l'intelligence artificielle. Cette orientation soulève des questions fondamentales quant à savoir si les leaders de la tech manquent de compréhension des véritables besoins humains, ou si leur vision de l'avenir ignore la valeur intrinsèque des interactions humaines spontanées.
L'intelligence artificielle comme outil de gestion de la vie personnelle
Marissa Mayer, ancienne directrice générale de Yahoo, a commencé à promouvoir sa nouvelle application Dazzle, un assistant d'intelligence artificielle basé sur l'analyse des photos des utilisateurs. Mayer a suscité la polémique en démontrant la capacité de l'application à rédiger une description de sa fille, ce que beaucoup ont considéré comme une tentative maladroite de remplacer une connaissance émotionnelle profonde par des données numériques génériques. Bien qu'elle ait défendu par la suite qu'elle testait les capacités du modèle, elle a affirmé dans d'autres interviews sa vision d'utiliser l'intelligence artificielle pour alléger la "charge mentale" liée à la planification d'événements familiaux et de rendez-vous sociaux.
Cette approche s'inscrit dans la lignée de déclarations antérieures de Sam Altman, directeur général d'OpenAI, qui a suggéré l'utilisation de l'intelligence artificielle pour gérer les affaires des enfants, ce qui a suscité de vives réactions négatives de la part du public qui considère ces tâches comme faisant partie intégrante de l'expérience humaine qui ne doit pas être déléguée aux machines.
La technologie s'éloigne-t-elle de l'essence de l'humanité ?
Le problème ne se limite pas aux tâches administratives, mais s'étend aux relations affectives. Mark Zuckerberg, directeur général de Meta, a présenté une vision future dans laquelle il estime que l'intelligence artificielle pourrait combler le fossé des besoins sociaux des gens, suggérant la possibilité de s'appuyer sur des compagnons ou des thérapeutes dotés d'intelligence artificielle. Zuckerberg estime qu'il existe une demande croissante de communication et que la technologie pourrait apporter une solution au sentiment de solitude.
Pourquoi ce débat est-il important ?
Le problème réside dans le fait que la culture de la Silicon Valley érige "l'efficacité" en seul critère de réussite. Si l'efficacité est requise pour le développement des puces ou des voitures électriques, son application aux relations humaines peut s'avérer contre-productive. Des études du Pew Research Center indiquent que 50 % des adultes aux États-Unis pensent que l'intelligence artificielle réduira la capacité des humains à nouer des relations significatives, tandis que seulement 5 % estiment qu'elle facilitera cette tâche.
Transformer les relations en "produit technologique" optimisé pour réduire les frictions risque de vider la vie de son sens. Les relations humaines sont par nature chaotiques et complexes, et c'est cette complexité qui leur confère leur valeur. Lorsque nous confions ces interactions à des algorithmes, nous risquons de perdre cette expérience humaine difficile mais enrichissante qui constitue l'essence de notre existence.