Jensen Huang, fondateur et directeur général de Nvidia, a clairement exposé sa position sur la réglementation de l’intelligence artificielle lors de son intervention à la conférence Dreamforce de Salesforce : selon lui, il n’est pas nécessaire d’adopter de nouvelles lois ou réglementations spécifiquement consacrées à l’intelligence artificielle, car la sécurité de ces systèmes peut être traitée comme un problème d’ingénierie.
Huang a déclaré que l’intelligence artificielle n’était pas un « esprit étrange » distinct de la compréhension humaine, mais qu’elle était finalement un ensemble de matériel et de logiciels développés par l’être humain. Partant de là, il estime que les développeurs sont capables de la contrôler au moyen de méthodes d’ingénierie et des lois déjà en vigueur. Il a ajouté que les entreprises ne devraient pas lancer un produit si elles n’ont pas confiance dans ses fonctions, ses capacités et sa sécurité.
L’argument du marché plutôt que de nouvelles règles
Huang estime que les forces du marché suffisent à pousser les entreprises à faire preuve de prudence avant de commercialiser des produits dangereux. Selon cette conception, les entreprises peuvent continuer à innover rapidement, mais elles doivent s’arrêter temporairement lorsqu’elles ont le sentiment que le produit ou l’organisation échappe à tout contrôle. Il a également refusé de présenter la vitesse, l’innovation et la sécurité comme des options incompatibles, affirmant qu’il était possible de les atteindre simultanément.
Cette position défend la capacité des entreprises à contrôler elles-mêmes leurs produits et s’inscrit dans l’appel de Huang à utiliser des modèles à poids ouverts comme contrepoids concurrentiel aux laboratoires qui développent des modèles propriétaires. Toutefois, l’article évoque une autre voie que Huang n’a pas examinée en détail : l’autorégulation du secteur, alors qu’une fenêtre temporelle limitée s’offre aux laboratoires d’intelligence artificielle du monde entier, y compris les laboratoires chinois, pour participer à des règles de sécurité communes.
Que soulève cette position ?
L’analyse de TechCrunch reconnaît que transformer la sécurité en question d’ingénierie peut sembler logique, notamment parce que les systèmes d’intelligence artificielle sont des produits logiciels et informatiques. Elle soutient toutefois que les tests d’ingénierie et les forces du marché n’empêchent pas toujours le lancement de produits défectueux ni la survenue de conséquences imprévues. Elle cite à ce titre la crise de CrowdStrike en 2024, qui a provoqué l’apparition d’écrans bleus, perturbé des milliers de vols et désorganisé d’autres activités.
L’article indique également que les entreprises peuvent agir, selon les accusations qui y sont rapportées, d’une manière qui ne correspond pas toujours à l’intérêt public. Il mentionne le versement par Meta de 18 milliards de dollars pour régler une action en justice liée aux préjudices causés par les réseaux sociaux aux enfants, ainsi que des dommages attribués à des systèmes d’intelligence artificielle, notamment le piratage par un modèle d’OpenAI de la plateforme Hugging Face et des poursuites contre le laboratoire concernant des suicides de personnes ayant eu de longues conversations avec son robot.
Entre responsabilité juridique et autorégulation
L’article envisage que les lois actuelles relatives à la responsabilité du fait des produits puissent couvrir certains dommages causés par l’intelligence artificielle, mais estime que vérifier cette possibilité dans la pratique pourrait prendre beaucoup de temps devant les tribunaux. D’où la question ouverte : suffit-il que les entreprises soient tenues responsables de leurs produits après la survenue d’un dommage, ou le secteur a-t-il besoin de règles préventives communes avant le lancement ?
Le débat revêt également une dimension internationale. Selon l’article, Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a déclaré lors du sommet All-In que la Chine devait se préoccuper des mêmes risques de sécurité que les États-Unis, tels que le piratage et la protection des citoyens. Dans le même temps, la source relie la position de Huang aux intérêts commerciaux de Nvidia et à son ambition de continuer à vendre des systèmes et des logiciels d’intelligence artificielle, en précisant qu’il a déclaré que le plafond de l’ambition et de la croissance liées à la productivité offerte par l’intelligence artificielle était extrêmement élevé.
Analyse de certi.news : le véritable changement ici n’est pas le lancement d’une nouvelle technologie, mais une tentative d’influencer la forme de la future gouvernance de l’intelligence artificielle. La position de Huang fait peser la charge sur les équipes d’ingénierie, les décisions des entreprises et les forces du marché, tandis que les exemples cités par la source rappellent que les bonnes intentions et les tests n’éliminent pas nécessairement les défaillances ni les dommages. L’article ne tranche pas la question de savoir si les lois actuelles sont suffisantes et ne propose pas non plus de modèle concret d’autorégulation ; les limites de la responsabilité et les mécanismes de coopération internationale restent donc parmi les principales questions ouvertes.