Les centres de données et les réseaux de télécommunications en Ukraine sont la cible d’attaques russes croissantes menées au moyen de drones à réaction, ce qui a entraîné la perturbation des services Internet et des communications mobiles pour des milliers de personnes et suscité des avertissements officiels concernant des répercussions plus larges sur l’économie numérique et les infrastructures civiles.
Selon Reporters sans frontières, les attaques se sont concentrées sur la capitale, Kyiv, depuis le 23 septembre. Le ministère ukrainien de la Transformation numérique a indiqué qu’environ 100 000 foyers de la région de Kyiv avaient subi des coupures temporaires d’Internet après les premières frappes, avant que les attaques contre les centres de données et les réseaux de téléphonie mobile de plusieurs opérateurs ne s’intensifient.
Des installations de télécommunications visées à plusieurs reprises
Tatiana Gaviuk, analyste spécialisée dans l’Europe au sein de l’organisation ACLED, a déclaré que les infrastructures de télécommunications avaient déjà subi des dommages touchant les fibres optiques, les antennes-relais et les installations d’entreprises de télécommunications. Toutefois, selon son évaluation, les récentes attaques se distinguent par le fait que plusieurs fournisseurs et installations ont été touchés en l’espace de quelques jours, ce qui témoigne d’une pression russe plus ciblée sur les infrastructures numériques.
L’importance de ces installations ne se limite pas à l’accès à Internet. Les coupures répétées peuvent affecter les banques, les systèmes de paiement et les services publics, tout en entravant le travail des médias et en limitant la capacité des habitants à accéder à l’information.
Une faille dans les capacités de défense aérienne
Ces frappes s’inscrivent dans le cadre d’une campagne russe plus large visant les réseaux énergétiques, les gares ferroviaires, les ports et les installations civiles depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022. Le texte indique que l’impact des attaques à longue portée s’est accru cette année après l’épuisement des stocks ukrainiens de missiles intercepteurs, tandis que la Russie employait des drones d’attaque à réaction plus rapides et plus difficiles à abattre.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré le 4 octobre que les défenses ukrainiennes interceptaient plus de 85 % des drones Shahed traditionnels, tandis que ce taux tombait à environ 50 % ou 60 % face aux versions à réaction plus récentes. La Russie exploite cette faille pour frapper les installations d’infrastructure pendant l’automne et l’hiver.
Comment l’Ukraine tente-t-elle de renforcer sa résilience ?
L’article cite Kateryna Chernohorenko, ancienne vice-ministre ukrainienne de la Défense chargée de la transformation numérique, selon laquelle l’Ukraine a déplacé certains centres de données hors du pays et commencé à investir dans des réseaux de télécommunications souterrains. Elle a toutefois souligné qu’il était impossible de tout transférer dans des installations souterraines fortifiées et que le pays avait besoin du soutien de ses alliés pour renforcer ses défenses contre les missiles balistiques et les drones.
Les coupures pourraient pousser les médias et les habitants à dépendre davantage de solutions de communication par satellite, comme Starlink. Un ancien conseiller du gouvernement ukrainien a également recommandé aux habitants de Kyiv d’acheter des terminaux Starlink ou des solutions similaires en prévision de l’hiver, sans que cela élimine les contraintes liées à la couverture, à la disponibilité et à la dépendance de ces solutions à une infrastructure opérationnelle continue.
Pourquoi cette information est-elle importante ?
Le ciblage des centres de données révèle que l’infrastructure numérique est devenue une composante directe du champ de bataille, et non plus un simple service de soutien aux opérations militaires. Les dommages ne se mesurent pas seulement au nombre de sites touchés, mais aussi à la capacité des secteurs financier, gouvernemental et médiatique à fonctionner lorsque plusieurs fournisseurs sont frappés à peu d’intervalle. La baisse des taux d’interception des drones à réaction montre également que la résilience des centres de données et les sauvegardes ne suffisent pas à elles seules à contrer le risque, en l’absence de protection physique et de capacités de défense aérienne suffisantes.
L’article indique que le ciblage des centres de données en temps de guerre n’est pas un cas isolé : des frappes réciproques dans le Golfe en février 2026 ont notamment touché des centres de données d’Amazon à Bahreïn et aux Émirats arabes unis, et l’entreprise a reconnu par la suite la perte permanente de certaines données de clients d’Amazon Web Services en raison de la destruction d’installations.