Le débat sur l’intelligence artificielle dans l’Apple Watch ne porte plus seulement sur ce que la montre peut faire, mais sur ce que signifie la présence au poignet d’un appareil capable de capter ce qui vient d’être dit et de le transformer en texte ou en résumé. Lors de l’événement Apple organisé le mercredi 9 septembre 2026 sous le nom « Surprise and Shine », l’entreprise a dévoilé de nouvelles fonctions audio, dont Audio Intelligence, Live Rewind et Siri Recap, se plaçant ainsi à l’intersection de la facilité d’accès et de l’utilité quotidienne, d’une part, et des inquiétudes liées à la confidentialité et au consentement, d’autre part.
Apple affirme que ses nouvelles montres ne conservent pas l’audio brut. Selon les explications de l’entreprise, Apple elle-même ne peut pas accéder aux enregistrements audio, et la montre ne crée pas d’enregistrements audio permanents. Les fonctions n’identifient pas non plus les locuteurs et ne leur attribuent pas les propos, tandis que les textes et résumés générés sont protégés par un chiffrement de bout en bout. Ces garanties réduisent la nature du risque, mais n’éliminent pas la question fondamentale : l’absence de stockage de l’audio suffit-elle pour que les personnes présentes aient le sentiment que leurs conversations n’ont pas été enregistrées ?
Trois fonctions présentant différents degrés de sensibilité
Audio Intelligence semble être la fonction la plus proche d’un usage d’assistance. Elle utilise l’intelligence artificielle sur l’appareil pour signaler des sons tels que des sirènes, des alarmes, des sonneries de porte et des pleurs de bébé, même lorsque l’iPhone n’est pas à proximité du porteur de la montre. Cette fonction pourrait avoir une grande valeur pour les personnes sourdes et malentendantes, notamment dans des situations comme le déclenchement d’une alarme incendie ou d’un détecteur de monoxyde de carbone.
Live Rewind emmène toutefois la technologie dans une zone plus ambiguë. En appuyant deux fois sur la couronne numérique, l’utilisateur peut revenir 15 secondes en arrière et obtenir une transcription de ce qui vient d’être dit, puis enregistrer le texte dans la nouvelle application autonome Siri afin de le consulter ultérieurement. Apple donne des exemples comme le fait de se rappeler la recommandation d’un livre, une idée proposée par un collègue ou une information que l’utilisateur n’a pas bien entendue. Mais cette fonction peut également permettre de conserver des propos dont l’auteur ne voulait pas qu’ils deviennent un document textuel.
Siri Recap utilise pour sa part l’écoute ambiante afin de créer des notes générales sur les conversations, et non leur transcription littérale. La fonction génère un titre, un résumé et des points clés consultables dans l’application Siri sur iOS. Apple estime que cela pourrait être utile pour extraire les conclusions d’une réunion ou se rappeler des informations issues d’une rencontre entre enseignants et parents d’élèves.
Le consentement n’est pas seulement une question technique
Ces fonctions dépassent la question des paramètres de confidentialité pour soulever un problème juridique et éthique concernant les personnes qui ne portent pas la montre. La société Plaud, qui développe des appareils reposant sur l’intelligence artificielle, conseille à ses clients d’obtenir les consentements exigés par la loi avant tout enregistrement. Les conditions d’utilisation de l’appareil Bee d’Amazon stipulent également que les utilisateurs sont les seuls responsables du respect des lois relatives à la confidentialité des données des mineurs.
Dans le cas d’Apple, l’absence de l’enregistrement audio original complexifie la question au lieu de la trancher. Les tribunaux pourraient se demander si le texte généré peut être présenté comme preuve, et comment vérifier son exactitude ou son attribution, d’autant que les règles d’admissibilité des preuves peuvent varier d’un État à l’autre. La source ne fournit pas de réponse définitive sur la manière dont le système judiciaire traitera ces textes, ce qui laisse ouverte la question de l’effet juridique de cette fonction.
Qu’est-ce qui change concrètement ?
Apple affirme que Siri Recap ne fonctionne pas par défaut en permanence comme certains autres appareils portables, et que l’utilisateur peut définir les périodes d’activation, par exemple pendant les heures de travail ou durant la journée. Il peut également la désactiver et la réactiver à tout moment depuis le centre de contrôle. Selon l’entreprise, Live Rewind émet une tonalité audible et affiche à l’écran une représentation complète d’un microphone lorsqu’elle est activée, afin de rendre le processus visible aux personnes présentes.
Mais l’activation de la fonction nécessite un signal bref et discret, contrairement au fait de sortir un téléphone pour filmer et de le diriger vers la scène. Cette différence est importante sur le plan culturel : la possibilité de transformer une partie d’une conversation en texte par une simple pression sur une montre peut rendre l’enregistrement moins évident pour les autres, même en présence d’une tonalité et de graphiques d’alerte. Avec la généralisation de ces pratiques, les gens pourraient modifier leur manière de parler ou leur degré d’ouverture en sachant que l’enregistrement est possible à tout moment, comme l’ont déjà fait les caméras de surveillance, les réseaux sociaux et la culture de la collecte de données.
La lecture de certi.news
Le véritable changement ne réside pas dans le fait qu’Apple a ajouté un microphone à une montre, mais dans le fait que l’écoute fondée sur l’intelligence artificielle devient partie intégrante de l’utilisation quotidienne d’un appareil grand public largement répandu. Audio Intelligence présente un cas clair d’utilité, mais Live Rewind et Siri Recap transportent la technologie dans des conversations auxquelles participent des personnes qui n’ont pas choisi de l’utiliser.
L’expérience des utilisateurs déterminera si les limites imposées par Apple, comme l’absence de conservation de l’audio, le contrôle manuel et le chiffrement, suffiront à instaurer la confiance. Toutefois, la source ne fournit aucune preuve sur la manière d’informer les autres personnes de l’enregistrement ni sur l’existence d’une position juridique uniforme concernant les textes générés. Les questions liées au consentement, aux mineurs, à l’acceptation de ces éléments comme preuves et à l’éventuelle réaction des consommateurs restent donc ouvertes malgré les garanties techniques annoncées par l’entreprise.