Cinq opérations de financement recensées par Crunchbase News révèlent l’élargissement du champ des startups qui utilisent l’intelligence artificielle et l’automatisation au-delà de la suite logicielle traditionnelle. Les projets ayant attiré des financements ce mois-ci travaillent sur des réacteurs nucléaires flottants, l’évaluation de la capacité des modèles à contrôler des robots, l’entretien de propriétés commerciales, l’achat de matériaux de construction et l’enregistrement vocal des opérations agricoles.
Cette publication fait partie d’une chronique mensuelle consacrée aux opérations de startups susceptibles de ne pas recevoir suffisamment d’attention. Les cinq entreprises ne partagent pas un modèle commercial unique, mais elles ont en commun de chercher à relier les logiciels ou l’intelligence artificielle à des opérations physiques et de terrain difficiles à exécuter au moyen d’un ordinateur seul.
De l’énergie nucléaire à bord de barges
Bluecore Energy, basée à Long Beach, en Californie, a levé un tour d’amorçage de 50 millions de dollars mené par Silverton Partners, seulement deux mois après être sortie de son mode furtif, durant lequel elle avait obtenu 10 millions de dollars de financement de pré-amorçage. Les investisseurs comprenaient Slauson & Co., Harlem Capital, Black Angel Group, HartBeat Ventures et d’autres investisseurs.
L’entreprise développe de petits réacteurs modulaires intégrés refroidis à l’eau, conçus pour fonctionner à bord de barges flottantes. L’idée consiste à fabriquer les systèmes puis à les transporter vers les endroits qui ont besoin d’électricité, plutôt que de construire une nouvelle centrale et ses infrastructures à terre sur plusieurs années. Bluecore cible initialement le Port of Long Beach, en mentionnant les ports et les centres de données d’intelligence artificielle comme des sources potentielles de demande. L’entreprise affirme travailler avec la Nuclear Regulatory Commission et la U.S. Coast Guard afin d’obtenir les autorisations nécessaires, ce qui signifie que le financement ne correspond pas encore à une maturité commerciale ou réglementaire.
L’intelligence artificielle dans les chaînes d’approvisionnement et la maintenance
La société saoudienne BRKZ, basée à Riyad, a obtenu 31 millions de dollars, dont un tour en actions de série B de 13 millions de dollars codirigé par Wa’ed Ventures, filiale d’Aramco, et 500 Global, ainsi qu’un engagement de financement par dette de croissance de 18 millions de dollars de Stride Ventures dans le cadre d’une facilité annoncée précédemment. Le total levé par l’entreprise dépasse ainsi 83 millions de dollars, selon Crunchbase.
BRKZ exploite une place de marché qui met en relation les entreprises de construction avec les fournisseurs de matériaux de construction, et propose des services d’approvisionnement, de logistique et de financement. Elle affirme avoir collecté environ 38 millions de points de données structurées qu’elle utilise dans un moteur de tarification des matériaux, entraîné sur près de 40 000 demandes de devis. Selon les chiffres de l’entreprise, les prévisions de prix se situent à 5 % ou moins du prix final de la transaction dans 84 % à 89 % des cas. Un agent d’intelligence artificielle lit également les photos des reçus de livraison de ciment envoyées via WhatsApp, les rapproche des commandes et vérifie la livraison, environ les trois quarts de ces opérations étant traitées sans intervention humaine.
De son côté, Viabot, basée à Santa Clara, en Californie, a levé 24 millions de dollars lors d’un tour de série A mené par Walden International afin d’étendre une flotte de robots destinés aux propriétés commerciales. Les robots exécutent des tâches telles que le balayage, l’enlèvement des débris et l’entretien paysager, tout en assurant ce que l’entreprise appelle une « sécurité peu intrusive » grâce à des patrouilles. Viabot adopte un modèle de « robot en tant que service », plutôt que d’essayer de construire un robot humanoïde polyvalent, en se concentrant sur des tâches extérieures répétitives.
Qui évalue l’intelligence artificielle physique ?
Robocurve, une startup âgée de trois mois basée à San Francisco, a levé un financement d’amorçage de 10 millions de dollars mené par Initialized Capital, avec la participation de Y Combinator, Notable Capital, Halcyon Futures, Decasonic et d’autres investisseurs.
L’entreprise veut agir comme un organisme d’audit indépendant de l’intelligence artificielle physique, en testant la capacité des modèles avancés à contrôler de vrais robots et en publiant les résultats. Elle affirme que ses recherches initiales ont montré que de grands modèles de langage généralistes pouvaient surpasser, dans certaines tâches simples, des modèles spécialisés de vision, de langage et d’action destinés aux robots. Robocurve a également été constituée sous la forme d’une Public Benefit Corporation et affirme que les laboratoires d’intelligence artificielle ne définissent ni son programme de recherche, ni sa méthodologie d’évaluation, ni ses résultats publiés.
L’entreprise prévoit de financer des équipes universitaires et de leur fournir des bras robotisés afin de créer des tests open source. Plus de 200 institutions se sont inscrites à son programme, parmi lesquelles des chercheurs de 19 universités figurant dans le top 20 mondial, selon l’entreprise. Robocurve propose un financement collectif de 500 000 dollars ainsi que des bras robotisés gratuits aux groupes participants. L’indépendance et l’efficacité de ces évaluations restent des questions ouvertes qui nécessitent une vérification pratique, d’autant que les chiffres préliminaires mentionnés dans l’article proviennent de l’entreprise elle-même.
Une interface vocale pour les travailleurs agricoles
Tellia, présente à San Francisco et à Paris, a levé cinq millions de dollars lors d’un tour de pré-amorçage mené par Revent, avec la participation de Grey Silo Ventures, Jeriko et Fund F. L’entreprise développe une plateforme d’intelligence artificielle fondée sur la voix destinée aux agriculteurs, aux ingénieurs agronomes et aux travailleurs du secteur.
Au lieu d’interrompre leur travail pour remplir un formulaire ou rédiger des notes, les utilisateurs peuvent envoyer un mémo vocal, un message via WhatsApp ou une photo afin d’enregistrer des données, de créer des rapports et de régler des rappels. Tellia affirme que son système transforme les informations non structurées en dossiers associés au bon champ, à la bonne culture et à la bonne équipe. Elle indique que sa technologie est utilisée sur un million d’acres, notamment par Campos Brothers Farms et Duckhorn wineries aux États-Unis, ainsi que par des organisations agricoles en Europe.
Que signifient ces opérations ?
Ces opérations ne constituent pas la preuve d’une réussite commerciale définitive, mais elles montrent où les investisseurs portent leur attention : vers des outils qui réduisent le travail manuel dans des opérations précises, ajoutent une couche de mesure et de responsabilité aux systèmes autonomes, ou tentent de traiter les contraintes liées aux infrastructures et à l’énergie. Les données de Crunchbase citées dans l’article indiquent que les entreprises d’intelligence artificielle physique ont levé 47,4 milliards de dollars au travers de 521 opérations au premier semestre 2026, tandis que les seules entreprises de robotique ont levé plus de 21 milliards de dollars au cours de la même période.
En revanche, les contraintes restent évidentes. Les réacteurs flottants nécessitent une procédure d’autorisation réglementaire, les affirmations relatives à la précision des prix ou à l’automatisation doivent faire l’objet d’une vérification indépendante, et le déploiement de robots dans les propriétés exige de composer avec des environnements de terrain variés. Même dans l’agriculture, la valeur du système dépend de la qualité des données vocales et visuelles et de leur association avec le bon dossier. Le véritable développement ici ne consiste donc pas simplement à ajouter une interface d’intelligence artificielle, mais à tenter d’intégrer ces systèmes dans un flux de travail physique dont les résultats et les risques peuvent être mesurés.