James Mitch Stevison, PDG de Frontgrade Technologies, estime que l’attention portée par le département américain de la Défense à l’augmentation de la production et à la réduction des délais de livraison ne produira pas les résultats escomptés si elle se limite aux maîtres d’œuvre principaux. Un engin spatial, un radar, un intercepteur de missiles ou un système de guerre électronique peut dépendre de milliers de composants spécialisés répartis sur plusieurs niveaux de la base industrielle de défense, ce qui fait que le goulot d’étranglement se trouve souvent loin de l’entreprise qui détient le contrat final.
Cet article d’opinion est signé par Stevison à la lumière de son expérience d’ancien militaire, de son travail au sein de grandes entreprises de défense et de sa direction actuelle d’une société qui fournit des équipements électroniques pour des systèmes spatiaux et de défense. Il ne présente ni nouveau programme gouvernemental ni décision exécutive, mais propose une vision de ce que le gouvernement et les entreprises devraient faire s’ils veulent réduire le délai entre l’expression d’un besoin opérationnel et l’arrivée de la capacité sur le terrain ou en orbite.
Le problème ne commence pas sur la chaîne d’assemblage finale
Selon Stevison, les architectures spatiales destinées à la sécurité nationale s’orientent vers des systèmes plus distribués, plus dispersés et plus dynamiques sur le plan technologique, plutôt que vers la dépendance à un petit nombre de plateformes coûteuses et complexes. Cette évolution accroît l’importance de la capacité à produire de manière répétée et à maintenir la continuité de l’approvisionnement sur plusieurs lots de fabrication.
Certains composants nécessitent toutefois des procédés de fabrication spécialisés ou de longues périodes de qualification, tandis que d’autres dépendent de matériaux ou de fournisseurs aux capacités de production limitées. Les composants électroniques peuvent également devenir obsolètes avant la fin de la durée de service de la plateforme qui les utilise. Ainsi, demander au maître d’œuvre principal de livrer rapidement ne signifie pas automatiquement que chaque fournisseur des niveaux inférieurs est capable de répondre au même rythme.
Les signaux de la demande doivent parvenir plus tôt aux fournisseurs
L’article propose de faire parvenir les signaux de la demande plus en profondeur dans la chaîne d’approvisionnement. Un fournisseur spécialisé peut ne voir que des commandes ponctuelles, tandis que l’entreprise principale dispose d’une vision plus claire de l’évolution du programme et du volume de production prévu. Sans une visibilité suffisante, il est difficile pour le fournisseur de prendre rapidement une décision concernant l’investissement dans les installations, l’automatisation, les équipements ou la main-d’œuvre.
Selon cette proposition, il ne s’agit pas de garantir toutes les prévisions ni de les transformer en engagements d’achat. L’objectif est d’associer suffisamment tôt les fournisseurs critiques à la stratégie de production, afin qu’ils puissent évaluer où affecter les capitaux et les capacités avant l’arrivée de la demande effective. Cela devient d’autant plus important lorsque l’architecture spatiale exige une production répétée plutôt que la fabrication d’un nombre limité de plateformes uniques.
Une deuxième source n’est pas une solution immédiate
Stevison met en garde contre le fait d’attendre l’apparition d’un goulot d’étranglement pour découvrir la nécessité d’un second fournisseur. Dans les technologies de défense spécialisées, la mise en place d’une source alternative ne se limite pas au lancement d’un nouvel appel d’offres ; le produit peut nécessiter une reconception, une intégration, des essais et une qualification avant d’entrer sur la ligne de production. La création d’une seconde source peut donc devenir une réponse lente si elle commence après que le fournisseur initial est devenu une contrainte effective.
L’article ne considère pas que le double approvisionnement soit adapté à chaque composant, car sa viabilité économique ou sa complexité technique peuvent ne pas le justifier. Il préconise toutefois d’identifier rapidement les dépendances à une source unique, notamment lorsque la même technologie sert plusieurs programmes prioritaires, puis d’évaluer si la qualification d’une source supplémentaire améliorerait la résilience de la production. La résilience devrait également inclure la modernisation des technologies, en particulier dans le traitement du signal, les radiofréquences et les composants électroniques, qui évoluent plus vite que les missions qu’ils soutiennent.
L’investissement et la conception font partie de la vitesse de production
L’augmentation de la production nécessite des capitaux avant que les unités supplémentaires n’arrivent sur la ligne de fabrication. Les besoins comprennent de nouveaux équipements, l’automatisation, les installations, les outillages de production et le développement de la main-d’œuvre. L’article attribue au gouvernement un rôle dans l’orientation d’investissements ciblés lorsque les contraintes revêtent une importance stratégique, en particulier si le cycle annuel des acquisitions devait retarder l’extension des capacités.
En revanche, le gouvernement ne devrait pas assumer tous les risques. Lorsque le besoin est clair et que le signal de la demande est fiable, Stevison estime que les entreprises doivent investir leurs propres capitaux dans la productivité, l’automatisation, la capacité à disposer de sources secondaires et l’infrastructure industrielle nécessaire. Il décrit le modèle le plus efficace comme un engagement partagé entre le gouvernement et l’industrie autour d’exigences de mission clairement comprises.
La préparation à la production commence également au stade de la conception, et non une fois le système achevé. Les décisions d’ingénierie doivent tenir compte de la fabricabilité, de la flexibilité de l’approvisionnement et de la possibilité d’intégrer de nouvelles technologies. Parmi les questions soulevées par l’article : est-il possible de remplacer un composant électronique critique sans reconcevoir tout un sous-système ? Les interfaces stables permettent-elles d’intégrer de nouvelles technologies de traitement, de communication ou de radiofréquence à mesure que les menaces et les missions évoluent ?
Pourquoi cette proposition est-elle importante ?
L’intérêt pratique de l’article est qu’il déplace le débat du taux de production du maître d’œuvre final vers les décisions cumulées sur l’ensemble de la base industrielle. La rapidité d’arrivée sur le terrain n’est pas un indicateur industriel isolé, mais le résultat de la disponibilité de la demande, de la qualification des fournisseurs, de la répartition des risques, de la flexibilité de la conception et de l’investissement avant l’apparition de la contrainte.
Cette proposition reste néanmoins un cadre d’orientation et non un plan d’exécution précis. L’article ne désigne pas de programmes particuliers, ne précise pas de montants de financement ni de calendriers pour la transmission par le gouvernement des signaux de la demande ou la création de secondes sources. La question ouverte demeure donc celle de la transformation de ces principes en engagements mesurables entre le Pentagone, les maîtres d’œuvre principaux et les fournisseurs spécialisés, sans imposer aux entreprises des investissements qui ne seraient pas soutenus par une demande fiable.