Les agents d’intelligence artificielle autonomes font face à des restrictions croissantes de la part de sites et de services en ligne majeurs, ce qui limite leur capacité à effectuer les tâches mises en avant par des entreprises telles qu’OpenAI, Meta et Google. Ces tâches comprennent la réservation de restaurants et de voyages, les achats et l’organisation des courriels au nom de l’utilisateur.
Des utilisateurs des agents Muse de Meta, Grok de xAI, Dots d’OpenAI et Instinct ont indiqué qu’ils n’étaient plus en mesure d’accomplir des tâches sur des sites qui étaient auparavant accessibles. Yelp a déclaré à TechCrunch qu’elle n’autorisait que les agents participant à son programme payant de licences de données, tandis que Delta Air Lines empêche les agents de réserver des billets au nom des clients. JPMorgan Chase et Charles Schwab ont également confirmé avoir bloqué les agents d’intelligence artificielle sur leurs comptes en raison de préoccupations de sécurité.
Le problème dépasse le blocage direct
Les restrictions ne se limitent pas à des décisions explicites de blocage des agents. Les systèmes anti-robots et antifraude peuvent les considérer comme des programmes suspects, même lorsque le site n’a pas conçu la barrière spécifiquement contre l’intelligence artificielle. Des utilisateurs ont fait état de problèmes sur Amazon, Cars.com et Amtrak. Le blocage de certains comptes utilisant Muse sur Google pour « activité suspecte » a également été signalé, tout comme l’échec de paiements sur Walmart malgré son partenariat avec Meta.
Chris Canal, directeur général d’EquiStamp, spécialisée dans l’évaluation de la sécurité de l’intelligence artificielle, a déclaré que ces obstacles réduisaient concrètement la valeur des agents, car leur promesse fondamentale est de pouvoir accomplir ce que l’utilisateur peut faire en ligne. Plus les sites qui les bloquent sont nombreux, plus l’ensemble des tâches qu’ils peuvent accomplir se réduit.
Le conflit avec Amazon illustre la complexité juridique et commerciale
Amazon avait bloqué l’an dernier la fonctionnalité d’achat par agent de Perplexity, puis intenté une action en justice contre l’entreprise. Amazon a déclaré que les tiers qui achètent des produits au nom des clients devraient agir de manière transparente et respecter les décisions des prestataires de services concernant leur participation. De son côté, Perplexity a soutenu qu’Amazon refusait les agents parce qu’elle risquait de perdre des visites humaines et des revenus publicitaires, et a considéré l’agent comme une extension de l’utilisateur.
Un juge a ensuite ordonné à Perplexity de mettre fin aux achats par agent sur Amazon, mais une cour d’appel a annulé cette décision en août, après quoi Amazon a déposé une plainte modifiée. L’affaire continue de refléter une question plus large : l’agent doit-il être considéré comme un utilisateur agissant au nom d’une personne, ou comme un programme externe imposant au site un trafic automatisé ainsi que de nouvelles conditions commerciales et de sécurité ?
Qu’est-ce qui change concrètement ?
Certaines entreprises tentent de résoudre le problème par des partenariats plutôt que de s’opposer aux agents. Meta a ainsi permis à Muse d’effectuer des achats auprès de Walmart, Gap, Sephora, Best Buy et d’autres enseignes, tandis que Shopify a ouvert son réseau de magasins aux agents. Mais cette approche signifie que l’agent ne fonctionnera pas automatiquement sur l’ensemble du Web, mais au sein d’un groupe de services ayant préalablement accepté son accès.
Cloudflare rend l’accès non autorisé encore plus difficile : en 2025, l’entreprise a proposé une option permettant de bloquer les robots d’intelligence artificielle en un clic, puis a commencé à bloquer les robots qui collectent simultanément des données pour l’indexation des moteurs de recherche et l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle. L’entreprise affirme que le flux de robots exerce une pression sur l’infrastructure d’Internet et affecte les courriels ainsi que les achats de billets, les réservations et les produits.
La situation actuelle ne signifie pas la fin des agents d’intelligence artificielle, mais elle révèle leur dépendance à une couche d’accès qu’ils ne contrôlent pas entièrement. À l’avenir, les utilisateurs pourraient devoir se soumettre à davantage de tests visant à vérifier qu’ils sont humains, même pour des services quotidiens comme les achats auprès de magasins en ligne. Les questions relatives au consentement, aux licences de données, à la sécurité, à la publicité et à la responsabilité juridique resteront également ouvertes, à moins que les sites et les développeurs d’agents ne s’accordent sur des règles d’utilisation communes.