Technologies médicales

Rapport gouvernemental : la cybersécurité, l’intégration des données et le manque de compétences entravent la numérisation de la santé en Égypte

Un rapport publié par le Centre d’information et d’aide à la décision du Conseil des ministres examine la croissance du marché mondial de la santé numérique et les mesures prises par l’Égypte pour numériser ses services de santé, notamment la création de 4,5 millions de dossiers médicaux électroniques et l’émission de plus de 42 millions d’ordonnances électroniques. Le rapport avertit que l’accélération de la transformation nécessite de traiter les enjeux de sécurité des données, d’interopérabilité et de pénurie de compétences spécialisées.

2026-08-31
7 min de lecture
5 vues
certi.news
Rapport gouvernemental : la cybersécurité, l’intégration des données et le manque de compétences entravent la numérisation de la santé en Égypte

Un nouveau rapport publié par le Centre d’information et d’aide à la décision du Conseil des ministres a identifié un ensemble de facteurs qui détermineront la capacité de l’Égypte à accélérer la transformation numérique du secteur de la santé, en premier lieu la sécurisation des données de santé, l’interconnexion des différentes bases de données et des différents systèmes, ainsi que le développement de compétences humaines spécialisées. Cette évolution intervient parallèlement à l’expansion rapide, à l’échelle mondiale, de l’utilisation des dossiers médicaux électroniques, de la télémédecine, de l’intelligence artificielle et des dispositifs portables.

Le rapport estime la valeur du marché mondial de la santé numérique à environ 347,4 milliards de dollars en 2025, avec des prévisions la portant à environ 1,83 billion de dollars d’ici 2033, à un taux de croissance annuel composé de 23,4 %. Le rapport ne considère pas la santé numérique comme une simple conversion de certaines procédures papier en formats électroniques, mais comme un système couvrant la prévention, le diagnostic, le traitement, le suivi et la gestion des services de santé.

De la numérisation du service à la construction d’un système interconnecté

Ce système se compose de multiples technologies, notamment les dossiers médicaux électroniques, les applications de santé mobile, la télémédecine, les dispositifs portables, l’Internet des objets médicaux et les outils d’intelligence artificielle. Les dossiers électroniques permettent de regrouper les antécédents médicaux du patient, ses médicaments, ses examens, ses rapports et ses signes vitaux, ce qui favorise la décision clinique et l’échange d’informations entre les établissements de santé.

Les dispositifs intelligents peuvent également suivre des indicateurs tels que la tension artérielle, la fréquence cardiaque, la glycémie et l’activité physique, tandis que l’Internet des objets médicaux permet de transmettre en temps réel les données des capteurs vers les plateformes de santé, notamment pour le suivi des maladies chroniques et les soins à domicile. Le rapport mentionne également la possibilité d’utiliser la blockchain pour renforcer la sécurité des données, la transparence de leur gestion et leur échangeabilité, sans toutefois la présenter comme une solution unique aux défis du secteur.

L’intelligence artificielle apparaît comme un moteur essentiel du marché, grâce à sa capacité à analyser de grandes quantités de données de santé, à soutenir le diagnostic, la prédiction des complications et la décision médicale, ainsi qu’à contribuer à l’élaboration de plans de traitement davantage liés aux caractéristiques génétiques et cliniques et au mode de vie du patient.

Où en est l’Égypte ?

Le rapport établit un lien entre cette tendance mondiale et les mesures prises par l’Égypte ces dernières années pour développer son infrastructure numérique de santé. Il indique qu’environ 4,5 millions de dossiers médicaux électroniques ont été créés dans les gouvernorats couverts par l’assurance maladie universelle, et que plus de 42 millions d’ordonnances électroniques ont été émises, parallèlement à la mise en œuvre d’un système d’orientation électronique et à l’adoption de la Classification internationale des maladies (ICD-11).

La loi n° (2) de 2018 relative au système d’assurance maladie universelle constitue l’un des cadres sur lesquels s’appuie cette démarche. Elle comprend des objectifs liés au développement des établissements de santé, à la mise en œuvre des dossiers médicaux électroniques, à l’unification des normes de qualité et au renforcement des capacités humaines. Le rapport fait également référence à la Stratégie nationale de santé numérique (2025–2029), qui vise à créer un système centré sur le citoyen, reposant sur une infrastructure sécurisée et interopérable, avec l’unification des bases de données et le soutien aux décideurs.

La pandémie de Covid-19 a contribué à accélérer l’adoption des services numériques en Égypte, parallèlement à la croissance d’entreprises de technologies de santé proposant des services tels que la prise de rendez-vous, les prescriptions électroniques, la livraison de médicaments, les soins à domicile et la santé mentale numérique.

Qu’est-ce qui entrave concrètement l’expansion ?

Le rapport estime que la disponibilité des applications ou l’augmentation des investissements ne suffisent pas à garantir le succès de la transformation. Les cyberrisques et la protection des données de santé demeurent parmi les principaux défis, auxquels s’ajoutent l’absence de cadres réglementaires unifiés et l’interopérabilité limitée entre les systèmes. En pratique, cela signifie que la création de dossiers ou de plateformes numériques distincts peut ne pas aboutir à un système de santé interconnecté s’il est impossible d’échanger les données selon des normes claires et sûres.

À cela s’ajoutent le coût élevé de la transformation et les disparités dans l’état de préparation des infrastructures, ainsi que le manque de spécialistes capables de gérer les technologies de santé numérique, l’intelligence artificielle et le codage médical. Le rapport souligne également la nécessité de cadres juridiques et réglementaires capables de suivre l’évolution rapide de l’intelligence artificielle et de la santé numérique, un point directement lié à la manière de protéger les données des patients et de définir les responsabilités des parties utilisant ces systèmes.

Pourquoi ce rapport est-il important ?

L’importance de cette analyse réside dans le fait qu’elle déplace le débat du nombre de services convertis au format numérique vers les conditions nécessaires à leur fonctionnement au sein d’une infrastructure intégrée. L’expansion de la télémédecine ou du diagnostic intelligent peut améliorer l’accès aux services, mais son impact dépend de la qualité des données, de leur sécurité, de la capacité des systèmes à fonctionner ensemble et de la disponibilité de personnels capables de les exploiter.

Le rapport s’appuie sur des estimations internationales selon lesquelles un ensemble d’interventions numériques, notamment la télémédecine, les messages de santé et les chatbots intelligents, pourrait contribuer à sauver plus de 2,1 millions de personnes dans le monde d’ici 2033 et à ajouter environ 4,9 millions d’années de vie, avec des gains économiques dépassant 199 milliards de dollars pour des investissements estimés à environ 9,8 milliards de dollars. Ces chiffres restent des estimations et ne constituent pas un résultat établi d’applications égyptiennes particulières.

Selon le rapport, la prochaine phase nécessitera de réunir la gouvernance des données, l’interopérabilité, la cybersécurité et le développement des compétences, tout en soutenant l’innovation et le partenariat entre les secteurs public et privé. La question demeure toutefois ouverte : les différents projets numériques seront-ils capables de passer d’initiatives isolées à une infrastructure de santé unifiée, qui préserve en même temps la sécurité des données et la qualité des soins ?

Source de l’actualité
ICT Business Egypt
Ouvrir la source originale ↗
c
Auteur

certi.news

Dans la même catégorie

À lire également

Voir toutes les actualités