Une nouvelle étude réalisée par Aerospace Corporation révèle que la forte hausse proposée du budget de l’US Space Force pour l’exercice 2027 est destinée à un ensemble précis de missions, plutôt qu’à une extension de toutes les capacités de la force au même rythme. Les principaux domaines prioritaires comprennent les programmes classifiés, le suivi des cibles mobiles, l’alerte et le suivi antimissiles, ainsi que les systèmes de commandement et de contrôle.
Le rapport, rédigé par Robert Wilson, directeur de la stratégie et de la sécurité nationale au Center for Space Policy and Strategy d’Aerospace Corporation, analyse une proposition budgétaire de 71,3 milliards de dollars pour l’US Space Force. Si la totalité de ce montant est financée, cela représenterait une hausse de 120 % par rapport à l’exercice 2026, soit la plus forte augmentation en pourcentage pour toute branche des forces armées américaines depuis 1952.
Un budget important, mais un financement incertain
Le montant de 71,3 milliards de dollars ne constitue pas une demande de base entièrement garantie. Le budget de base proposé pour l’US Space Force s’élève à 59,2 milliards de dollars, tandis qu’un montant supplémentaire de 12,1 milliards de dollars dépend de l’approbation par le Congrès d’un projet de loi de réconciliation distinct. Wilson estime donc que le résultat final pourrait se situer entre ces deux montants.
Wilson a déclaré que le calendrier et le montant définitifs du budget restaient entourés d’une grande incertitude. Toutefois, la planification à long terme de l’administration indique que cette hausse ne constitue pas nécessairement une mesure temporaire ; l’administration prévoit en effet un budget d’environ 69,6 milliards de dollars pour l’US Space Force au cours de l’exercice 2028, sans dépendre d’un nouveau projet de loi de réconciliation pour maintenir l’essentiel de l’augmentation.
Où la hausse se concentre-t-elle ?
Selon l’analyse, plus des trois quarts de l’augmentation proposée se concentrent sur les activités classifiées, les programmes de Moving-Target Indication, l’alerte antimissile ainsi que le commandement et le contrôle. Wilson estime que cette répartition témoigne d’une conception précise de l’utilisation de l’espace, plutôt que d’une hausse générale du financement de tous les programmes.
Le programme Space-Based Air-Moving Target Indication (AMTI) arrive en tête des programmes dans la demande pour l’exercice 2027, avec un financement de 7,9 milliards de dollars. Il vise à détecter et suivre les aéronefs depuis l’orbite, en s’appuyant sur des capteurs spatiaux, un traitement au sol et des communications sécurisées. Wilson a décrit la mission de suivi des cibles mobiles comme un domaine relativement nouveau pour l’US Space Force, ce qui fait de ses programmes des éléments à surveiller.
Le deuxième programme le plus important de la force est le Space Data Network, que le département de la Défense décrit comme un réseau interconnecté en orbite terrestre basse, associé à une infrastructure au sol, conçu pour transférer de grandes quantités de données militaires avec une faible latence. Les documents budgétaires indiquent également que le réseau soutiendra des intercepteurs spatiaux destinés à faire face aux missiles balistiques intercontinentaux et aux planeurs hypersoniques.
Le lien avec le projet Golden Dome
Ces programmes illustrent le chevauchement entre l’expansion de l’US Space Force et le projet Golden Dome, l’architecture proposée de défense antimissile multicouche que le président Donald Trump entend créer. Au cours de l’exercice 2026, les programmes de suivi aéroporté des cibles mobiles et le Space Data Network avaient été lancés dans le cadre du projet Golden Dome.
Mais la demande budgétaire pour 2027 a déplacé les deux programmes hors du compte de Golden Dome et les a classés parmi les initiatives de « supériorité spatiale ». Ce changement semble concerner davantage la présentation du budget que la nature de la mission elle-même, puisque les capacités fournies par les deux programmes restent liées à la défense antimissile. Leur financement sera également partiellement affecté par l’adoption du projet de loi de réconciliation.
Par ailleurs, l’administration a proposé d’allouer 17,1 milliards de dollars au compte de financement de Golden Dome dans le cadre du projet de loi de réconciliation, dont 4,5 milliards de dollars destinés à des programmes spatiaux. Les documents budgétaires ne précisent pas en détail comment cette somme sera répartie entre les différentes branches des forces armées et agences ; elle n’est pas non plus incluse dans le montant de 71,3 milliards de dollars correspondant au budget proposé de l’US Space Force.
L’alerte antimissile poursuit sa progression
Le budget du programme Resilient Missile Warning and Missile Tracking en orbite terrestre basse atteint 3,6 milliards de dollars, soit une hausse de 1,9 milliard de dollars par rapport à l’exercice 2026. Une constellation parallèle en orbite terrestre moyenne reçoit également 1,4 milliard de dollars, soit plus du double des 680 millions de dollars qui lui étaient alloués l’année précédente.
Wilson indique que le financement de l’alerte et du suivi antimissiles était régulièrement inférieur à 3 milliards de dollars lorsqu’il a commencé son analyse annuelle du budget, il y a six ans. L’augmentation continue dans ce domaine est donc devenue l’une des tendances les plus évidentes des dépenses de l’US Space Force au cours des dernières années.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Les chiffres budgétaires indiquent que l’expansion proposée se concentre sur la détection et le suivi des menaces, le transfert de données militaires et la liaison des capacités spatiales aux opérations de défense antimissile, ainsi que sur des programmes dont les documents publics ne révèlent pas les détails. Cela signifie que l’ampleur de l’augmentation globale ne reflète pas nécessairement une expansion équilibrée de toutes les missions de l’US Space Force.
Des signes indiquent un large soutien politique à une forte augmentation du budget de la force ; la commission des crédits de la Chambre des représentants a approuvé un budget de base équivalant à environ 94 % de la demande de l’administration. Toutefois, la partie supplémentaire liée au projet de loi de réconciliation reste susceptible d’être modifiée, ce qui laisse incertains, à ce jour, le montant et le calendrier du financement définitif.