L’analyse estime que la sécurité énergétique n’exige pas de se replier sur l’autosuffisance, mais de construire une interdépendance plus diversifiée grâce à de multiples interconnexions électriques, notamment avec la technologie HVDC. Toutefois, ces interconnexions ne garantissent pas automatiquement la sécurité : elles restent exposées aux risques de concentration, aux pannes de câbles et aux goulets d’étranglement des réseaux locaux.
La valeur des interconnexions électriques transfrontalières augmente en tant qu’outils de renforcement de la sécurité et de la résilience énergétiques, en plus de leurs rôles traditionnels de soutien aux marchés, d’assurance de l’adéquation de l’approvisionnement et d’intégration des sources d’énergie renouvelable. L’analyse soutient que la leçon à tirer pour l’Europe après l’invasion russe de l’Ukraine ne devrait pas être la recherche d’une indépendance énergétique totale, mais le passage d’une dépendance concentrée envers un seul fournisseur à une interdépendance entre partenaires fiables, itinéraires et sources plus diversifiés.
La guerre a entraîné une forte hausse des prix du gaz et de l’électricité, faisant du slogan de l’indépendance énergétique un concept politique. Mais le problème, selon l’argument présenté dans l’article, ne résidait pas dans la dépendance des pays européens les uns envers les autres, mais dans le fait qu’une grande partie des approvisionnements critiques était placée sous l’influence d’un seul acteur devenu moins fiable. L’alternative est un système comprenant davantage de partenaires, plus de voies d’acheminement, une production diversifiée et des réserves suffisantes, afin que la perte d’un seul fournisseur ou corridor n’entraîne pas une perturbation généralisée.
Un indicateur fondé sur les projets HVDC
Le portefeuille de projets transfrontaliers en courant continu haute tension (HVDC) constitue un indicateur de la poursuite de cette tendance. L’inventaire de RTE International publié en juillet 2026 fait état d’un grand nombre de projets de convertisseurs à source de tension, tandis que le recensement des projets transfrontaliers aboutit à environ 60 interconnexions internationales potentielles. La majorité de ces projets se concentre en Europe et dans son voisinage immédiat, région où la sécurité énergétique a pris une importance politique accrue.
La liaison Baltic-German PowerLink en est un exemple. La Lituanie, la Lettonie et l’Allemagne continuent de promouvoir le projet afin qu’il obtienne le statut de projet d’intérêt commun de l’Union européenne, à un moment où les États baltes se sont séparés des systèmes électriques liés à la sphère russe et où la protection des infrastructures est devenue une priorité régionale. Au lieu de réduire les interconnexions extérieures, la réponse a consisté à renforcer la connexion électrique avec l’Ouest.
Qu’est-ce qui change concrètement ?
Une interconnexion électrique diffère d’un gazoduc par la nature de la dépendance qu’elle crée. Un gazoduc ou un terminal de gaz naturel liquéfié n’offre une valeur continue que si le combustible arrive, ce qui laisse l’importateur exposé aux prix des matières premières, au comportement du fournisseur et aux conditions du marché des combustibles. En revanche, une interconnexion électrique relie des systèmes qui disposent déjà de capacités de production, de stockage, de demande et d’autres liaisons, et l’électricité peut généralement circuler dans les deux sens.
Cela permet de partager la production hydraulique, éolienne, solaire et nucléaire, ainsi que le stockage et les moyens de production pilotables, entre des régions soumises à des conditions météorologiques différentes. La présence d’une interconnexion ne signifie pas la suppression des ressources locales, mais l’élargissement de l’éventail des options disponibles lorsque la demande ou la production évolue.
Cette compréhension se reflète dans les politiques publiques. L’ACER appelle à renforcer l’interconnexion afin de soutenir l’utilisation des énergies renouvelables au-delà des frontières, de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et d’améliorer la résilience et la sécurité. De même, la « feuille de route britannique pour une résilience propre » inclut les interconnexions dans un portefeuille plus large de sécurité de l’approvisionnement comprenant le stockage et la flexibilité de la demande. Les interconnexions ne sont donc plus présentées uniquement comme un moyen de tirer parti des écarts de prix de gros de l’électricité.
L’interconnexion ne garantit pas automatiquement la sécurité
L’analyse n’attribue pas tous les projets d’interconnexion aux évolutions géopolitiques. L’éolien en mer, l’équilibrage des sources d’énergie renouvelable, la congestion des réseaux, les écarts de prix, l’adéquation des ressources et l’intégration des marchés peuvent justifier la création d’interconnexions HVDC même en l’absence de tensions politiques. En outre, le développement de la plupart des grandes interconnexions prend de nombreuses années.
La conclusion la plus prudente est que les chocs géopolitiques ont ajouté une valeur en matière de sécurité et de résilience à une infrastructure qui, dans de nombreux cas, disposait déjà de justifications économiques et climatiques. Mais un câble unique et de grande capacité peut à son tour devenir un point de concentration dangereux ; les câbles sous-marins peuvent également être victimes de pannes ou d’attaques, et de mauvaises conditions météorologiques peuvent survenir simultanément dans des pays voisins. De même, les goulets d’étranglement des réseaux intérieurs peuvent empêcher l’électricité importée d’atteindre les centres de demande.
L’« interdépendance stratégique » dépend donc de la diversification : plusieurs partenaires et itinéraires, une production locale, du stockage, une demande flexible et un réseau intérieur capable d’absorber les flux. Le critère pertinent n’est pas de comparer un seul câble à une seule centrale locale, mais de comparer le coût et la flexibilité du système complet dont le pays aurait besoin en l’absence de cette interconnexion.
Lecture de certi.news : le changement réel consiste à redéfinir la valeur de l’interconnexion électrique : d’un outil commercial et d’un moyen d’intégrer les énergies renouvelables, elle devient également un élément du portefeuille de sécurité énergétique. Toutefois, la source ne démontre pas que toutes les interconnexions sont viables ou protégées, mais indique que leur réussite dépend de la diversification et de la capacité des réseaux locaux. La maturité des projets, leurs taux d’abandon, leur exposition aux conflits et le choix de la technologie restent des facteurs déterminants auxquels les seuls chiffres des projets potentiels ne répondent pas.