La Maison-Blanche a publié le 20 août une politique nationale actualisée des transports spatiaux visant à permettre aux États-Unis de soutenir au moins 1 000 opérations de lancement et de rentrée par an depuis leurs installations d’ici 2030. Cet objectif est à comparer aux un peu moins de 200 lancements effectués par des véhicules appartenant à des entités américaines en 2025, ce qui illustre l’ampleur de l’augmentation que la politique cherche à absorber.
Le document souligne que les États-Unis doivent disposer de capacités de transport spatial garantissant l’accès à un large éventail d’orbites et de destinations liées à leurs intérêts, des vols suborbitaux et de l’orbite terrestre très basse jusqu’à la surface de la Lune, aux points de Lagrange et à l’espace lointain. Il s’agit de la première révision de la politique nationale depuis 2013.
L’accent sur les installations, et pas seulement sur les véhicules
L’axe principal consiste à accroître la capacité des infrastructures à accueillir les lancements et les rentrées, plutôt qu’à développer uniquement des lanceurs. La politique demande au département de la Défense et à la NASA, qui gèrent les champs de lancement fédéraux, d’évaluer régulièrement les possibilités d’améliorer les installations de lancement et de rentrée et d’en faciliter l’accès, notamment en envisageant de développer certaines de ces installations en partenariat avec le secteur privé.
Elle demande également au département de la Défense, à la NASA et au département des Transports de coopérer avec les gouvernements des États et les autorités locales afin d’identifier des sites potentiels pour des installations de lancement supplémentaires, ou de développer et d’améliorer les infrastructures existantes. Le document ne précise pas si les nouveaux sites seront des champs de lancement fédéraux ou des ports spatiaux exploités par d’autres entités.
Dans un délai de 180 jours, le département de la Défense, la NASA et d’autres agences doivent établir des critères de planification de l’utilisation des installations fédérales de lancement, afin d’en accroître l’exploitation à la fois pour les opérations commerciales et gouvernementales. Les mesures requises comprennent une meilleure intégration des lancements dans le système national de l’espace aérien et l’attribution de couloirs aériens prioritaires aux opérations de lancement critiques.
De nouveaux sites pour la rentrée des véhicules
La politique demande au département de l’Intérieur, en coopération avec d’autres organismes gouvernementaux, d’identifier dans un délai de 90 jours des terres fédérales pouvant être utilisées comme site fédéral supplémentaire de rentrée. Cette démarche sera suivie de l’élaboration de normes de sécurité et d’un plan de développement permettant l’accès commercial au site.
Cette mesure répond à la pénurie de sites de rentrée à laquelle les entreprises du secteur ont été confrontées. Après avoir rencontré des difficultés pour utiliser l’Utah Test and Training Range lors de ses premières missions de rentrée, Varda Space Industries a choisi un site commercial en Australie pour des missions ultérieures. D’autres entreprises ont également eu recours à l’Australie ou à la récupération en mer, malgré les coûts supplémentaires et les complications logistiques que cela implique.
Qu’est-ce qui change concrètement ?
Si les directives sont mises en œuvre selon les échéances fixées, le changement le plus important sera l’augmentation de la capacité des installations américaines à accueillir les opérations de lancement et de rentrée, ainsi que la réduction des goulets d’étranglement liés à la planification, à l’espace aérien et aux sites d’atterrissage ou de récupération. Cela concerne à la fois les opérateurs commerciaux et les organismes gouvernementaux, car la politique lie l’augmentation de la cadence à l’utilisation d’installations partagées et à un meilleur accès à celles-ci, plutôt qu’à une focalisation sur les seuls véhicules.
Soutien à l’industrie et aux services commerciaux
La politique charge le Bureau de la politique scientifique et technologique de coordonner, dans un délai de 180 jours, une stratégie pour la base industrielle des transports spatiaux, afin de soutenir une industrie vitale, compétitive et résiliente, avec une attention particulière au développement de la main-d’œuvre. Elle demande également un examen des politiques et programmes d’exportation dans un délai de 120 jours, puis tous les deux ans, afin de soutenir l’industrie américaine du lancement, tout en étudiant le recours par des prestataires de lancement étrangers aux installations américaines.
Le document réaffirme que le gouvernement doit lancer ses charges utiles sur des véhicules américains, sous réserve d’exceptions limitées, comme les accords de coopération internationale qui fournissent des lancements sans échange financier. Il préconise également le recours à des services de lancement commerciaux lorsque cela est possible, ainsi que la coordination par le département de la Défense et la NASA de l’acquisition de ces services.
Certaines dispositions vont au-delà de l’orbite terrestre : elles demandent à la NASA d’étendre les transports spatiaux commerciaux afin d’inclure une infrastructure logistique permettant d’atteindre la surface de la Lune et d’en revenir, et même d’étudier des infrastructures commerciales destinées à envoyer des humains à la surface de Mars et à les ramener sur Terre. Le département de la Défense doit également étudier des services de transport dans l’espace, tels que la maintenance des satellites, lors de la conception des architectures de mission, et soutenir les concepts de lancement rapide, réactif et résilient.
Cette politique s’inscrit dans une série de mesures américaines antérieures : un décret publié un an auparavant appelait à une forte augmentation de la cadence des lancements commerciaux d’ici 2030. Le 30 juillet, la Federal Aviation Administration a publié une règle proposée visant à exempter les licences de lancement et les ports spatiaux de 13 lois et réglementations environnementales fédérales, la période de consultation se poursuivant jusqu’à la fin du mois d’août. La politique spatiale nationale publiée par l’administration Trump en décembre comprenait également l’objectif d’accroître la cadence des lancements et des rentrées grâce à des installations nouvelles et modernisées, ainsi qu’à l’amélioration de l’efficacité et à une réforme réglementaire.